Aujourd’hui, dans notre rubrique « créer son album », nous allons attaquer un gros morceau : l’enregistrement.
Je considère cette phase comme la plus exaltante car chaque session est l’occasion pour les artistes de mettre en marche leur talent, leur créativité pour passer de l’idée au concret.
Dans cette rubrique, j’expliquerais les deux manières les plus courantes d’enregistrer. Puis j’aborderais mon expérience personnelle du studio avant de raconter de fameuses anecdotes de sessions studios d’artistes qui m’ont beaucoup inspiré.
A/ Comment enregistrer ?
A ma connaissance, il y a deux manières de mettre en boîte un son : le piste par piste, instrument après instrument ou tout enregistrer en même temps dans les conditions live. Les deux process ont leurs avantages et leurs inconvénients.
Le piste par piste, le perfectionnisme et le temps
Le piste par piste consiste à enregistrer chaque instrument ou chaque groupe d’instruments (cordes, cuivres, choeurs) les uns après les autres. Ce process permet de prendre le temps de placer chaque instrument et permet ainsi de coller au plus près à l’exigence artistique. Mais vous l’aurez compris, l’inconvénient provient surtout du perfectionnisme des artistes qui n’hésiteront pas à répéter encore et encore une prise jusqu’à obtenir satisfaction.
Gardez à l’esprit qu’en studio, le temps reste la première contrainte. Si bâcler une prise et s’en satisfaire n’est convenable pour personne, répéter encore et encore la même prise pour motif d’insatisfaction est usant pour tout le monde, notamment pour l’ingé son, premier témoin de vos actes. Le seul conseil que je pourrais vous donner à ce niveau est de connaître sur le bout des doigts les parties que vous comptez enregistrer.
Autant il est satisfaisant de réussir sa prise en maximum quatre ou cinq essais, autant cela fait gagner du temps à l’ingé son qui pourrait pourquoi pas travailler sur plus d’instruments en une session.
La prise live, l'erreur interdite
L’enregistrement live est en soi une méthode plus laborieuse et plus technique à mettre en place.
Laborieuse car elle nécessite pour chaque musicien impliqué dans l’enregistrement de connaître le morceau sur le bout des doigts et donc de faire des répétitions avant la session en question. Et ne pensez pas faire abstraction de cette étape : quand quinze musiciens sont appelés à enregistrer et que l’un d’entre eux n’a pas travaillé, sur un enregistrement live, ça s’entend.
Technique car le process d’enregistrement nécessite d’avoir une bonne connaissance du matériel audio pour pouvoir enregistrer tous les instruments en même temps. Quel micro pour les voix ? Les guitares ? La batterie ? Les différentes sections ? Quel placement des micros sur les amplis ? Comment ne pas se perdre dans la masse de câbles ???
Les enregistrements à travers les âges
Historiquement, jusqu’aux années 60, les premiers enregistrements phonographiques se faisaient en live sur des 4 pistes pour tous les styles de musique (classique, jazz, blues…) et à l’écoute des vinyles tirés de cette époque, on entend bien la précision et le travail d’orfèvre des professionnels du métier, nécessaire pour un rendu parfait. Le travail au piste par piste a commencé à se démocratiser dans les années 60, notamment grâce à un groupe que je ne nommerais pas. Soucieux de produire des sons particulièrement sophistiqués et élaborés pour l’époque, les Fab Four (lol) et leur mythique Sergent Pepper Lonely Heart’s Club Band ont ouvert la porte à une nouvelle manière d’enregistrer qui sera l’usage pour toute l’industrie musicale jusqu’à aujourd’hui. L’émergence du rap et du hip-hop dans les années 80 a notamment été facilité par ce process. Si aujourd’hui il est évident pour chaque artiste d’utiliser ce process, souvenez-vous qu’il y a bien eu un moment dans l’histoire où superposer les instruments les uns après les autres n’était que de l’ordre de l’experimentale.
B/ Mon choix artistique
Le process
Pour ma part, 95% de l’album a été enregistré au piste par piste. Seuls les sessions d’enregistrement de Winston ont été faite en partie en live et ont nécessité des sessions additionnels au piste par piste pour compléter. Nous y reviendrons tout à l’heure.
Les sessions d’enregistrements des Rêves de Naf se sont déroulés sur un an, de septembre 2022 à septembre 2023. Avec Loïc Lambert, mon fidèle ingé-son, nous avons étalé les sessions semaines après semaines, instruments après instruments, sons après sons, de manière bien méthodique. La démarche la plus évidente consistait à commencer par les instruments que je maîtrise le mieux (guitare, basse, voix et quelques pistes pianos) ensuite solliciter les musiciens complémentaires (piano pour Sorry I’ve puked on your couch, batteries pour Unlove Story, Fly ou As everyone gone blind) et enfin organiser une journée où toutes les voix sont invitées à venir poser selon un emploi du temps précis.
Comme dit plus haut, Winston a été la seule session hybride entre le live et le piste par piste.
Le gros des instrus avait d’abord été enregistré lors d’une session à l’école de cinéma 3IS à Bègles où les élèves avaient pour consigne de réaliser une émission culinaro musicale, où se mélangeait interview autour d’un tajine au pruneau et live session.
De la session d’enregistrement de Winston ont uniquement été gardé la batterie, la basse et le clavier. La guitare, le banjo et les voix on, elles, étaient refaites au studio Cryogène pour un rendu finale qui en fait clairement une de mes compositions préférées.
Cryogène Prod, l'écrin bordelais
À ma grande surprise, toutes les séances se sont passées à merveille. J’ai eu la chance de travailler avec Loïc dans des conditions professionnelles au studio Cryogène, à Bègles. Ce lieu incontournable de l’histoire de la musique bordelaise que j’appellerais une « coloc d’ingé son » offre aux artistes un cadre de travail optimale pour travailler. L’écidence même veut que pour avoir ub rendu optimale, il serait quand même nécessaire de mettre la main à la poche. Je ne dirais pas là la somme déboursé pour réaliser cet album mais sachez que Loïc a bien mérité son salaire et que je ne peux que vous le recommander si vous avez en tête un projet.
Des conseils ?
Le seul conseil que je peux vous donner pour avoir un déroulé de session optimale est de d’abord travailler (vraiment) toute la partie instrumentale avant de poser les voix et les choeurs. Comme une passe décisive de Lamine Yamal ou un jeu au pied de Antoine Dupont, le meilleur du potentiel vocal d’un artiste se trouve dans l’aisance à poser sa voix sur une instru achevée et sans modifications nécessaires.
Et encore une fois, soyez sûr de ce que vous voulez enregistrer. Il n’y a rien de plus gênant pour un artiste d’arriver en studio sans savoir quoi faire et rien de plus agaçant pour un ingé son de voir que l’artiste avec qui il travail n’a rien préparé.
Exile on Main Street, le mythe, la légende
En 1971, les Beatles sont officiellement séparés. C’est la fin de presque une décennie outrageuse de domination incontestable des Fab Four sur l’industrie musicale. Alors que c’est l’heure pour toute une nouvelle génération d’artiste et de genres d’émerger, leurs « rivaux éternels », les Stones, leurs survivent. En 72 sort Exile On the Main Stream, un retour aux sources musicale, une exploration aux racines de leur musique. Le blues du delta, le gospel, le rock’n’roll. Un album dont la conception reste ancré dans nos mémoires comme l’incarnation même du chef d’oeuvre né de l’excès et de la débauche.
Contexte. En 1971, enfin débarassés de leurs ennuis financiers, le groupe décide de quitter l’Angleterre pour s’installer en France. Jaggers à Paris, Richards, lui, loue un domaine à Villefranche-sur-Mer, sur la côte d’Azur : la villa Nellcôte.
Lieu à l’histoire mouvementé, passé de main en main depuis sa construction fin XIXème, on raconte que même la Gestapo a utilisé le domaine durant la 2nd Guerre Mondiale. Il est décidé qu’une partie des sessions s’effectuera dans les sous-sols de la villa où sera installé le studio.
Si les sessions d’enregistrements sont idéales du fait de la totale liberté de création des musiciens sur place, les excès en tout genre incarnées par les personnalités sulfureuses des Stones ont vite fait de donner à cette période des airs de vie orgiaque et hédoniste. Une musique venue des tripes, une vie qui définit l’esthétique même de la rockstar, cet album est l’incarnation même du rêve de tout musicien : vivre de la musique pour la musique.
En conclusion, la phase d’enregistrement est l’étape la plus marquante du processus de création d’un album car elle représente l’identité de l’artiste par sa manière de parvenir au bout du projet. Que ce soit le perfectionniste tyran qui rallongera encore et encore la durée des sessions, le nonchalant à qui ne suffit que deux trois prises, ce moment est l’occasion de se révéler et de mettre en valeur ses exigences artistiques. Après tout, ce qui sort de ces sessions est une trace qui se veut indélébile et définitive dans l’industrie musicale. Personnellement, je dirais que là est l’occasion de vraiment faire les choses bien. Donc autant profiter de ce moment pour se montrer, s’affirmer et surtout se faire plaisir.
Musicalement,
Naf
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